Ce qui nous fait scroller sans fin : les astuces des plateformes pour capter l’attention, entre design produit, algorithmes de recommandation et mécanismes cognitifs, explique pourquoi l’attention se transforme en ressource rare et disputée.
Le scrolling infini paraît anodin : un geste, un pouce, une suite de contenus. Pourtant, derrière ce confort apparent se cache une ingénierie précise, pensée pour réduire l’effort et augmenter la durée de session. Dans une famille, le décalage est visible : un adolescent absorbé par un flux de vidéos courtes, un parent qui “vérifie juste deux minutes” un fil d’actualité. Le problème n’est pas générationnel. Il tient à la façon dont les interfaces et les systèmes de recommandation exploitent la vigilance humaine face aux signaux saillants, notamment quand l’actualité devient anxiogène et mène au doomscrolling.
Le scrolling infini et l’économie de l’attention : les leviers qui rendent le geste automatique
Le premier levier est structurel : supprimer la fin. Une page qui s’arrête force une décision (continuer, rechercher, fermer). Un fil infini, lui, remplace la décision par une continuité. Le cerveau économise une micro-énergie, et l’application gagne une opportunité d’exposer encore un contenu, puis un autre. Cette logique s’imbrique avec la “récompense variable” : l’utilisateur ne sait pas quand arrivera la vidéo vraiment drôle, l’information utile ou la publication attendue. Cette incertitude entretient l’envie de “juste un dernier scroll”.
Deuxième levier : la friction minimale. Les plateformes travaillent la latence, l’animation et la prévisualisation pour que la transition soit quasi invisible. Un rafraîchissement fluide donne l’impression d’un flux naturel, comme de l’eau. Dans le mobile, la gestuelle est optimisée : distance du pouce, zones d’interaction, vitesse d’inertie. C’est exactement le type d’arbitrages décrits dans les pratiques modernes d’UX, avec des référentiels concrets comme les tendances UX/UI design pour sites web, qui montrent comment une interface peut guider l’attention, parfois au détriment de la maîtrise du temps.
Troisième levier : la hiérarchisation émotionnelle. Les contenus les plus clivants, choquants ou anxiogènes captent vite. Le doomscrolling, amplifié depuis la crise du Covid-19, s’inscrit dans ce biais : l’humain est câblé pour surveiller les menaces. Une exposition répétée déclenche la réponse stress (cortisol, adrénaline) ; à force, la récupération s’érode. Les recherches en psychologie médiatique, sur des événements comme le 11 septembre ou l’attentat de Boston, ont montré qu’une consommation intensive de médias pouvait s’associer à davantage de symptômes de stress, parfois plus que l’exposition directe à l’événement. Le feed sans fin transforme alors l’actualité en stimulus continu, sans sas de décompression.
Pour matérialiser ces leviers, une grille simple aide à “voir” ce que le produit fait subir à l’attention :
| Levier de plateforme | Mécanisme technique | Effet utilisateur observé | Contre-mesure pragmatique |
|---|---|---|---|
| Fin supprimée | Pagination invisible, préchargement | Sessions qui s’allongent sans décision consciente | Limiter par minuteur et créneau fixe |
| Récompense variable | Recommandation “top picks”, score d’intérêt | Recherche compulsive du “prochain bon contenu” | Basculer vers abonnements chronologiques quand possible |
| Friction minimale | Animations, swipe, autoplay | Moins de pauses, moins de prise de recul | Désactiver l’autoplay et les aperçus |
| Saillance émotionnelle | Boost du contenu polémique | Stress, rumination, fatigue informationnelle | Filtrer mots-clés, masquer images explicites |
Ce diagnostic mène naturellement à la question suivante : si ces leviers sont connus, comment les systèmes décident-ils précisément quoi montrer, et dans quel ordre, pour que le scroll continue ? C’est là que l’algorithme entre en scène, avec une logique de personnalisation très fine.

Algorithmes de recommandation : comment les plateformes optimisent le feed pour prolonger la session
Un feed performant ne repose pas seulement sur des “bons contenus”, mais sur des signaux mesurables. Chaque pause, chaque retour en arrière, chaque partage, chaque commentaire, chaque durée de visionnage alimente un profil probabiliste. L’objectif produit n’est pas moral, il est métrique : augmenter la rétention, la fréquence de retour, et la profondeur de consultation. Les plateformes construisent donc des modèles qui prédisent la probabilité de garder l’utilisateur actif au prochain contenu.
Un cas typique aide à comprendre. Une PME fictive, Atelier Lumen, lance une gamme d’accessoires écoresponsables. La marque publie une vidéo courte “coulisses de fabrication”. Si l’audience regarde jusqu’au bout, commente et enchaîne sur d’autres vidéos similaires, l’algorithme interprète une affinité “artisanat + écologie + coulisses”. La recommandation s’ajuste, et le fil se remplit de contenus voisins, parfois plus extrêmes : accusations de greenwashing, actualités anxiogènes sur le climat, polémiques. Le passage de l’intérêt à la tension se fait vite, car la tension retient. D’où l’importance, côté marques, de produire des formats qui attirent sans enfermer ; et côté utilisateurs, de savoir que le feed n’est pas neutre.
Sur le plan technique, trois mécanismes se combinent souvent :
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La personnalisation temps réel : le modèle ajuste le flux en fonction des actions des dernières minutes, pas seulement de l’historique.
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Le “ranking” multi-objectifs : un contenu est noté sur plusieurs axes (intérêt, probabilité d’interaction, fraîcheur), puis classé.
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La diversification contrôlée : pour éviter la lassitude, le système injecte parfois un sujet adjacent, mais reste proche de ce qui marche.
À cela s’ajoute un design de notifications très calibré. Une alerte “quelqu’un a réagi” n’est pas qu’une information : c’est un rappel contextuel, placé quand la probabilité de retour est élevée (pause déjeuner, fin de journée). Les adolescents décrivent souvent une pression : trop d’alertes, trop d’attentes sociales. Certains activent “Ne pas déranger” pour réviser, d’autres désinstallent temporairement une application pour laisser retomber la tension. Ces tactiques sont efficaces car elles réintroduisent une barrière, un délai, une décision.
Depuis l’entrée en application des cadres européens DSA et DMA, les plateformes ont davantage d’obligations sur la transparence et la réduction de certains mécanismes trompeurs. Dans la pratique, l’essentiel reste : l’optimisation continue du flux. Pour un projet web ou mobile, il devient donc crucial de concevoir des expériences qui respectent la charge cognitive. C’est précisément un terrain où DualMedia se positionne : arbitrer entre performance (conversion, engagement) et sobriété attentionnelle, avec des parcours mesurables et des garde-fous concrets.
Une fois le “quoi montrer” compris, reste le “comment le montrer”. Le design comportemental, et ses zones grises, explique pourquoi l’utilisateur sait parfois qu’il devrait s’arrêter, tout en continuant malgré tout.
Pour explorer visuellement les mécanismes du feed et de l’addiction aux contenus courts, une recherche vidéo orientée produit est utile.
Dark patterns, design émotionnel et maîtrise du temps : reprendre le contrôle sans se déconnecter du monde
Les dark patterns ne se résument pas à des “trucs” grossiers. Ils s’insinuent dans des micro-choix : un bouton “continuer” plus visible que “quitter”, une option de désactivation des notifications cachée, un autoplay activé par défaut, ou un “pull-to-refresh” qui imite une machine à sous. Le design émotionnel renforce l’ensemble : couleurs, sons, vibrations, confettis numériques après une publication. Le résultat est une boucle : stimulus, action, micro-récompense, répétition.
Le doomscrolling est un cas particulier, car il combine flux infini et anxiété. Plus l’actualité est lourde (guerres, crises climatiques, instabilité politique), plus le cerveau cherche à “en savoir plus” pour réduire l’incertitude. Or l’abondance d’informations augmente la surcharge cognitive, puis la fatigue. Les chercheurs en santé mentale décrivent aussi la rumination : chaque titre relance la même séquence émotionnelle. La question utile n’est donc pas “faut-il s’informer ?”, mais “comment s’informer sans rester coincé dans un flux qui ne s’arrête jamais ?”.
Des pratiques simples, inspirées des stratégies observées chez des adolescents comme chez des adultes, fonctionnent parce qu’elles attaquent le système à la racine : elles remettent de la délibération là où la plateforme a supprimé la décision. Exemples applicables au quotidien :
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Définir deux créneaux d’actualité par jour et utiliser un minuteur : le temps devient une contrainte explicite.
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Désactiver les notifications non essentielles et conserver seulement celles qui sont réellement utiles (messages directs, sécurité).
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Masquer ou éviter les images explicites : lire l’information sans absorber le choc visuel réduit l’impact physiologique.
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Remplacer une partie du flux par des “médias positifs” ou des formats explicatifs longs : l’algorithme s’adapte à ce nouveau régime.
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Mettre temporairement en pause une application pendant révisions, surcharge ou baisse de moral : la désinstallation courte casse la boucle.
Sur des produits numériques, ces idées se traduisent en fonctionnalités éthiques : tableau de bord de temps, rappels de pause, fin de session volontaire, mode “lecture” sans recommandations agressives. Un arbitrage sérieux nécessite des métriques et des tests : mesurer l’engagement, mais aussi la satisfaction, le retour à froid, et la perception de contrôle. Pour une entreprise, cela peut devenir un avantage concurrentiel : un produit qui respecte l’attention fidélise autrement.
Dans cette logique, DualMedia en développement mobile et DualMedia en création web accompagnent la conception de parcours qui engagent sans enfermer, en travaillant l’UX, la performance et la conformité. L’enjeu est concret : moins de friction toxique, plus de valeur, donc une relation plus durable avec l’utilisateur.
Pour ancrer ces pratiques, un angle utile consiste à observer comment les créateurs et plateformes parlent eux-mêmes de “dopamine”, de temps d’écran et de design persuasif, puis à traduire cela en réglages actionnables.
Une ressource vidéo complémentaire permet de relier ces principes à des actions concrètes sur smartphone et applications sociales.
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